Dusty Lane par ZICAZIC.com
MP (interview)
par W-Fenec.org

Dusty Lane
par SirensSound (Anglais)

Dusty Lane par W-Fenec.org
Born Into This
par Eclipshead.net

Born Into This par W-Fenec.org
The Huffed Fragments
par Eclipshead.net

MP (interview) par La Lune Mauve
Melanclimax par W-Fenec.org
Melanclimax par Metalorgie.com

Melanclimax par Frequence3.com

RELIVE par W-Fenec




















































Dusty Lane par ZICAZIC.com
Il y a une dizaine d’années que Moon Prototype, également connu sous ses initiales MP, s’est formé derrière une volonté commune de travailler autour de sonorités électroniques pour produire une musique où les racines ambiantes, indus et rock piochées de Jeff Buckley à Radiohead en passant par Nine Inch Nails, les Deftones et Depeche Mode sont reines … Pour ce duo mi-parisien mi-lunaire, créer une musique à la fois mystérieuse et sensuelle est une véritable raison d’être et c’est sur un nouvel album, le deuxième, que Moon (musique) et oR.hal (paroles) vient nous le rappeler ! Fils de personne débarqué de nulle part, MP est un de ces groupes que l’on n’arrive pas à saisir, mais alors pas du tout, mais que l’on se plait à essayer de suivre tant sa musique est captivante …

Cosmiques et irréelles, les compositions de Moon Prototype se veulent impénétrables mais jamais dérangeantes, le duo s’efforçant d’inviter l’auditeur à l’accompagner dans un délire où le côté sombre est omniprésent mais où les portes de sorties et les barres pour se rattraper sont légion. Déstabilisant à la première écoute, « Dusty Lane » ouvre peu à peu des brèches dans un ensemble dru et dense et c’est en mélangeant les sonorités les plus inattendues que MP finit par devenir irrésistible, les voix s’efforçant de charmer en usant de beaucoup d’artifices tandis que les musiques interpellent inévitablement, ne serait ce que par leur conception totalement en dehors des sentiers battus. Rejoint par nombre d’invités tels que Grégoire Fray de Thot à la guitare et aux voix sur « Kings Of The World », Cgregz de Frail à la basse ou encore Lily de Windshadow au chant sur plusieurs titres, MP glisse à l’occasion lentement mais sûrement vers un trip hop des plus sincères et nous réserve quelques craqueries fabuleuses du genre de « Ra Is Crying » ou « Calling The Prayer » mais aussi quelques explosions ravageuses comme « Dusty Lane » ou « Inabilities » et des expériences pour le moins novatrices comme « Scorn Kills Them » ou « God Is Joking ». A aucun moment l’attention ni même la tension ne retombent tant Moon Prototype pilote son vaisseau avec une virtuosité inouïe et c’est à une découverte numérique entièrement gratuite que le groupe nous invite en offrant « Dusty Lane » en téléchargement intégral sur ses sites. Chacun aura donc le loisir d’apprécier par lui-même …

(Fred Delforge /
ZICAZIC.com)




MP (Interview) par W-Fenec.org

En 2008, MP a.k.a Moon Prototype a dix ans, comme le W-Fenec. 10 ans, une poignée d'EP's, une jolie collection de remixes, deux albums dont Dusty lane, dispo depuis quelques jours en téléchargement légal et derrière tout ça, Moon et oR.hal. Longuement interrogée, l'une des deux moitiés du projet est passé aux aveux. Décryptage.

Concrètement, Moon Prototype, c'est maintenant un groupe à part entière selon toi, ou plus un projet solo autours duquel gravitent plusieurs entités ?

MP a 10 ans cette année. J'ai commencé sur un pauvre ordinateur de bureau en 98, un ordinateur qui n'était même pas à moi. Je bidouillais, je m'amusais. J'avais un groupe à côté et je considérais donc MP comme un projet personnel sans grande ambition... Puis j'ai eu des problèmes personnels puis familiaux, je me suis retrouvé dans un gouffre sans fond. Je me suis raccroché à la musique, ne pouvant plus sortir de chez moi. J'ai continué mes bidouillages sur du matériel qui, au fil du temps, a évolué... De là sont sortis 3 premiers EP's (Moon Prototype, W Project puis Relive). Musicalement, ça relève de l'anecdotique (sauf peut-être Relive) mais bon, il y a un début à tout... Puis est arrivée oR.hal et avec elle ce que je considère comme le vrai premier album de Moon Prototype : Melanclimax. Pour en revenir à ta question, je considère que MP c'est moi et oR.hal... Les musiciens qui gravitent autour sont des amis, que j'apprécie mais qui ont leurs propres projets. Le partage de la composition fait partie intégrante de MP...

Initialement attendu pour le printemps 2007 si je ne me trompe pas, Dusty lane ne sort numériquement que ce mois-ci... ce retard est dû à quoi ?

C'est exact, les bases de l'album sont établies depuis fin 2006. A cette époque je venais d'achever la première version de Dusty lane. J'étais vaguement en contact avec Patrick Jammes (Intoxygene), en parallèle. Je lui ai demandé de me donner quelques conseils pour la sortie de l'album (pressage, imprimerie et autres réjouissances...). Etant dans l'édition, il était une des meilleures personnes pour m'aiguiller... Il a voulu écouter l'album, ça lui a plu et il a décidé de me suivre et de faire évoluer l'album pour éventuellement le sortir sur Intoxygene... Après plus d'un an de conseils et d'échanges, on a peu à peu pris des distances. J'ai demandé du concret, je n'ai finalement rien eu. Retour à la case départ. J'ai donc pris la décision de le sortir moi-même... Point positif, j'ai appris quelques trucs durant cette collaboration, dont le fait que je ne suis plus intéressé par ce « business » de la musique. Je préfère de très loin la liberté de composer un morceau le lundi et de le sortir le mardi sur internet... Chose totalement impossible avec un label.

L'album est très dense, onirique et tout en métaphore(s), tu l'as enregistré en plusieurs endroits, tu peux en parler ? Quel était le concept de départ de ce disque ?

Alors oui, en effet, l'album a voyagé, mais je n'ai pas fait de déplacement(s). Tout s'est déroulé virtuellement : la guitare a été enregistrée à Bruxelles, la basse à Tours, les chants féminins à Pékin et tout le reste a été fait à Paris... Tout ces échanges ont été réalisés via internet. J'aime cette idée de pouvoir composer un album à distance, chacun dans son univers géographique. Je pense que ça se ressent sur l'album... Ca n'était pas le concept de l'album, mais ça pourrait devenir celui de MP, tout simplement.

J'ai trouvé ce disque assez cinématographique, du coup, je me suis demandé ce qui inspirait l'écriture des albums de MP ?

Je n'arrive jamais à répondre correctement à ce genre de question. Je ne compose pas de façon méthodique. En général, je pars d'un son totalement anodin puis j'en ajoute un autre, puis une rythmique, puis j'oublie le morceau... Je passe à un autre, avec la même démarche... Puis j'y reviens, je pose un chant... C'est donc en improvisation que la plupart des morceaux naissent... Ensuite, vient la phase de collaboration, où les autres viennent donner un sens à tout ça. C'est la phase la plus importante, celle qui donne l'âme. Sans cette étape, les morceaux ne seraient que des sons mis bout à bout.

Tu avais une idée précise de comment tu voulais que Dusty lane sonne avant de commencer à travailler ?

Je voulais un album plutôt ethnique, oriental... Le premier morceau terminé était "Scorn kills them"... Ca résume assez bien la tonalité de départ. Mais encore une fois, je laisse aller les choses, j'essaye de ne pas les contrôler. J'aime les surprises... Tu sais comme quand tu cuisines, que tu penses rater ton plat et qu'au final, en y goutant, tu trouves ça meilleur que ce que tu voulais faire, bien que ce soit totalement différent.

La sortie de ce nouvel album a été précédée de quelques jours par la mise en ligne de Born into this, tu vois cet EP comme un complément de l'album ou comme un essai complètement différent ?

Quand j'ai sorti Born into this, je ne savais pas si Dusty lane sortirait dans 1 semaine ou dans 1 an... J'avais envie de composer quelque chose de A à Z dans l'urgence. C'est là que j'ai décidé du concept "1 week, 1 hour, 1 track". J'ai rassemblé tous les samples dont j'avais besoin et j'ai tout fait en une semaine. C'est donc un processus de composition différent de celui de Dusty lane et ca n'en est pas un complément non plus. J'ai voulu me faire plaisir, et je recommencerai !

La discographie complète (ou presque) de MP est désormais en téléchargement libre sur moonprototype.com, j'imagine que tu crois (tout du moins en partie) en la dématérialisation de la musique et sa gratuité, ne pourrait-on pas imaginer des sorties sur supports physiques "à la demande" pour les albums, ou en éditions ultra-limitées ?

Oui et non. Disons que si je ne distribue pas mes albums sur support physique, c'est en grande partie dû au coût de ce genre de distribution... Presser un album coûte excessivement cher. Sans parler des démarches administratives si on veut faire ça bien. C'est rédhibitoire... Alors comme je n'ai pas envie de faire des CDR's (comme j'ai pu le faire par le passé), je profite d'internet, ce magnifique outil de communication qui te permet de passer ton album à quelqu'un à l'autre bout du monde, en direct, sans frais de port, sans délai. Mais bien sûr, si un jour j'ai les moyens de sortir mes productions sur support physique, je le ferai. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les CD ou les vinyles sont définitivement morts et enterrés.

Je dis (presque) parce que tu as fait des remixes de pas mal de groupes ces dernières années : All Angels Gone, Dont Look Back, NIN, Thot, Team Sleep etc... que tu n'as pas mis en téléchargement libre par contre, pour une question de droits j'imagine ?

Oui, c'est effectivement pour ça. Ces morceaux ne m'appartiennent pas, même si je les remixe, je n'en suis pas l'auteur. Je les laisse en libre écoute mais je ne donne pas la possibilité de les télécharger au même titre que le reste de ma discographie. Aux groupes de décider de ce qu'ils veulent faire de leur musique.

Tu as d'autres projets musicaux extérieurs à la sphère MP ?

Je collabore avec Frail, projet personnel de Cgregz, qui s'occupe des parties de basse sur Dusty lane. J'aime beaucoup ce qu'il fait et je suis ravi d'y apporter ma patte. A part ça, je manque cruellement de temps pour m'investir dans d'autres choses.

Dernière découverte musicale ?

Zombi, je les avais vus en 2006 en première partie de Isis à la Maroquinerie. Je n'avais pas du tout accroché, à chaud, mais dernièrement j'ai entendu l'album Cosmos chez un ami, et là j'ai pris une claque. J'adore leur son 70's, c'est génial.

Dernière toile ?

Les deux derniers que je sois allé voir et qui m'ont vraiment retourné sont Into The Wild et 3:10 to Yuma... Deux univers bien différents mais deux chefs d'oeuvre.

A propos d'actu récente, toi qui sembles assez proche de l'univers de Nine Inch Nails, que penses-tu de la démarche de Trent Reznor qui après avoir soldé son contrat avec Interscope (Universal) a décidé de reprendre son indépendance, de sortir des disques par ses propres moyens, en mettant même un en téléchargement gratuit en début de semaine dernière (The Slip) ?

Alors... J'ai eu un débat houleux à ce sujet avec quelques personnes. Disons que lorsqu'on s'appelle Trent Reznor, il est relativement facile de faire ce genre de démarche, après avoir vendu des millions d'albums, gagné des millions de dollars, c'est pratiquement sans risque... Il n'a plus rien à gagner ou à perdre. Tout le problème vient de la raison pour laquelle il a pris cette décision. Je pense que tout part d'une histoire d'argent. Reznor a voulu mettre tous ses fans à la même enseigne, en leur proposant ses albums à prix unique (et non 9$ aux USA contre 35$ en Australie). Sur ce point là, c'est honorable. Cela dit, je trouve que musicalement ça ne lui réussit pas vraiment. Il est passé d'un album riche et recherché tous les 4 ou 5 ans à une production médiocre tous les 2 mois. La qualité est plus qu'inégale à mon goût. Il est en train de tomber dans la boulimie. Je t'avouerai que j'ai décroché depuis Year Zero. Dans la "révolution" des grands noms de la musique, je préférerai prendre Radiohead comme exemple. La sortie totalement inattendue de In Rainbow, ça, ça a été vraiment génial.

J'ai la flemme donc je te laisse le mot de la fin...

J'ai beaucoup parlé, donc je te rejoins dans ta flemme. Je te remercie pour ces questions et j'ajouterai simplement que les castors lapons sont définitivement hermaphrodites ! (rires)

(aureliO / WFenec.org)




Dusty Lane par SirensSound (Anglais)
Moon Prototype is out with their latest release Dusty Lane. Combining various instruments creating a dark atmospheric sound well enough to transmit accross an absolute charisma.

Regardless of its grandiose approch or simply its dark allure "Dusty Lane" for sure attributes many influences that risers from bits and pieces of Cure to Dead Can Dance/Espers and from The Notwist to the dark space guitar riffs of Hawkwind. Not to mention a considerable amount of heavy base that also remind me a lot of Massive Attack and a bit of Porcupine Tree.

Great variations between the 13 tracks that switches mood the least you' ll expect. In a nutshell Moon Prototype.... good guys, generous people creating some nice sound-escaping tunes. Something nice to try when you tired of all the post-rock post accross the web.

(Mogwai / SirensSound)



Dusty Lane par W-Fenec
3 ans et demi après Melanclimax, Moon Prototype succombe au plaisir des plaisirs numériques en sortant par le biais du téléchargement (gratuit), son deuxième effort : Dusty Lane. Pas mal de temps s'est écoulé entre les deux albums, mais le projet mené par Moon n'a pas pour autant chômé, travaillant régulièrement sur des remixes de All Angels Gone, NIN, DLB, Team Sleep ou Thot, dont l'un des membres vient d'ailleurs participer à Dusty Lane. Au casting, on retrouve également un membre de Frail, un autre de Windshadow et toujours oR.hal, lesquels sont venus participer à un disque enregistré entre Paris, Bruxelles, Tours et Pékin... Un album qui a donc voyagé, son architecte et maître d'oeuvre ayant apparemment trouvé son inspiration sur deux continents avant d'en revenir avec 13 compositions évoluant entre trip-hop évanescent et indus-rock racé. Résultat : en partant de la première note et ce, jusqu'à dernier souffle de vie de cet album, on se laisse aller à descendre en rappel dans un univers musical à la puissance évocatrice rare.
De l'ambiancé et introductif "Sea under a lie of the sun" à "Calling the prayer" et son alliage dub/rock/électro envoûtant en passant par l'électrique et industriel "Ra is crying", la plongée sans filin au sein du monde de Moon Prototype se fait en apnée, les sens en éveil et le plaisir intense de se laisser porter par les émotions que procure sa musique. Des ambiances orientales, des nappes de fumée qui se dissipent doucement à notre passage, un chant haut perché littéralement habité, des instrumentations savamment orchestrées, des atmosphères dépaysantes qui nous transportent hors du temps, quelques accents plus rock, choeurs enchanteurs, onirisme délicat, des morceaux comme "Scorn kills them", "It lashes my brain" ou "God is joking" nous emmènent dans des contrées musicales encore rarement explorées. Des panoramas sublimes, une palette artistique aux possibilités infinies, un monde que l'on sillonne encore et encore jusqu'à faire une rencontre inattendue et imprévisible ("Close encounters of the third kind"). Alors que l'on s'attend à presque tout venant de ce Dusty Lane, MP livre alors deux hits : un "Kings of the world" électro-rock au groove sidéral, puis "Inabilites" et sa puissance mélodique phénoménale. On est alors à deux doigts de sombrer dans l'addiction et ce n'est pourtant pas encore terminé, car Moon Prototype nous réserve un ultime shoot avec un "Contemplative" énigmatique à la froideur clinique, avant de refermer cet album sur "Hopeful melody". Mélodie éthérée, rêveuse et fantomatique, puis magma sonore aux pulsations saturées, un ultime morceau aux deux visages pour un disque aux multiples personnalités et à la richesse envoûtante.

(aureliO / WFenec.org)



Born Into This par Eclipshead.net
Alors que Dusty Lane est sur la rampe de lancement, Moon Prototype surprend son monde en nous expédiant une sacrée galette. Une semaine, un titre, une heure. Vous avez bien lu. Born Into This est la piste unique de cet EP. 61 minutes et 56 secondes pour être précis d’immersion totale dans l’univers de MP. La piste démarre par une rythmique indus minimaliste, tendance sonar, lancinante, hypnotique et voilà que la voix de Georges (l’homme le moins classe du monde) nous rappelle à l’ordre. Fini de dormir. L’apocalypse est en route. Trip-hop bondissant, riffs assassins, discours samplés, boucles sans fins. C’est du MP, vous ne serez pas déçu. Par contre, si vous en êtes resté à Melanclimax, ça va vous faire bizarre. On est très clairement passé à la vitesse supérieure. Tout, je dis bien tout contribue à vous immerger, vous noyer, vous happer dans le voyage concocté par MP. Si l’ensemble nécessite plusieurs écoutes, voire de nombreuses écoutes pour commencer à appréhender toute la richesse du propos, on ressent paradoxalement une certaine urgence dans le propos. Une semaine, un morceau. Tout est là. Cet EP respire la spontanéité. Je suis certain qu’un tel résultat n’aurait pu être obtenu dans le cadre d’une composition classique d’album.
Oh, bien sûr, les 61 minutes est 56 secondes auraient pu être décomposées en différents mouvements mais l’ensemble y aurait, je pense, beaucoup perdu. Une multitude d’influences musicales se livrent batailles mais l’inspiration principale reste l’état de ce monde. State of the Union pourrait-on dire. Pas de paroles, juste des samples de discours : GW Bush, Collin Powell, et d’autres va-t-en guerre qui marquent les changements de rythme au sein de la piste. Politique MP ? Je ne crois pas. Citoyen attentif au monde qui l’entoure ? Définitivement. Le sample final n’étant autre que le I Have A Dream de Martin Luther King.
Fidèle à ses idées, MP distribue librement cet EP et vous gâtes. En sus du son, vous obtiendrez un superbe artwork composé de clichés signés Sylvain B. (aka NoMorgan) et de wallpapers pour égayer vos écrans.
Alors, à ceux qui me taxerait de subjectivité, je ne dirais qu’une chose : écoutez-moi ça.

(Winter / Eclipshead.net)



Born Into This par W-Fenec
Born into this, un EP digital, téléchargeable gratuitement depuis le site officiel du groupe et composé d'une seule et unique plage musicale, longue d'une heure, une minute et très précisement cinquante six secondes... Autant dire, l'enfer du chroniqueur qui aime d'ordinaire jongler entre les morceaux et les sensations afin de livrer l'impression la plus juste possible du disque qui est soumis à son écoute. Pour autant, "Born to this" est un morceau/EP qui se prête plutôt bien au décryptage de son contenu. Débutant comme une longue plage bruitiste, fourmillant de sons étranges (un piano discret, des voix lointaines...) cet essai semble se plaire à égarer l'auditeur. Puis après cinq minutes trente, la musique évolue vers quelque chose de plus orienté trip-rock avec quelques accents industriels particulièrement affirmés, des beats électro discrets et quelques riffs bien catchy. Une ambiance de fin des temps, quelques notes de synthés old-school et des lignes de guitares acérées, MP joue sur la répétition et nous fait entrer dans un univers onirique composé d'une myriade de sonorités, de clair/obscurs subtils et d'innombrables dégradés de couleurs. Après quelques onze minutes de musique tantôt envoûtante, tantôt plus inquiétante, le groupe fait évoluer son morceau vers des contrées plus orientales avant de rejoindre des eaux clairement trip-hop en étant porté par un beat puissant qui vient rebondir contre la platine, avant de venir s'enfoncer inexorablement dans notre esprit pour ne plus jamais s'en échapper.
Une mélodie furtive qui vient envelopper notre psychée de ses caresses hypnotiques, des arrangements à cordes qui viennent se poser ci et là, Moon Prototype poursuit son exploration des méandres de notre cerveau et de notre âme en délaissant les rives du trip-hop pour nous emmener sur les berges d'un ambient crépusculaire gorgés de samples et de petites trouvailles sonores qui ajoutent à son étrangeté nébuleuse (de la vingtième à la trentième minute). Sûr de son fait, MP nous a enveloppé de ses atmosphères énigmatiques et après cette première demi-heure de musique assez cérébrale, peut faire entrer Born into this dans quelque chose de plus concret. Les riffs rock industriels refont leur apparition, et, bercé par quelques textures ambient du plus bel effet, le morceau gagne en puissance ce qu'il perd en mystère, mais ses mélodies se font toujours plus efficaces et ne tardent pas à se visser dans notre mémoire. Oscillant jusqu'à son terme entre ambient fantomatique, trip-hop sensuel, électro labyrinthique et rock aux tendances industrielles, MP livre un EP extrêmement varié et ingénieux (classe les extraits du discours de Martin Luther King en arrière plan), dont on ressort, secoué et bluffé, avec la curieuse impression de s'être embarqué pour un bien étrange mais entêtant périple musical. En attendant la suite, qui promet déjà monts et merveilles...

(aureliO / WFenec.org)



The Huffed Fragments par Eclipshead.net
      
Thot est de retour. Comme une greffe de chardon sur un sol riche, The Huffed Fragments est l'album de remix de The Huffed Hue, emplifié de 1 morceau live. Ces fragments ont germé dans la tête de plusieurs personnes : Thot a revisité 3 de ses titres (Black Functionnal Area, Never Again Land et I Need More), et les autres morceaux sont triturés par Candidempire, Nim, Ghost in the Engine, NS aka Irae, Very Sheep et Moon Prototype. On retrouve les ambiances planantes et griffantes de Thot, nourries des implants synthétiques de ses comparses. Toujours cette profondeur sous-terraine. Pour un peu, on sentirait presque les racines du chardon grandir en soi, les feuilles caresser notre esprit et les épines dépasser de nos fronts. La douceur dérangée de Thot nous emballe encore une fois avec cet album d'une belle cohérence malgré tous ces intervenants. Voilà de quoi prolonger le plaisir de The Huffed Hue, que l'on trouvait trop court, comme toutes les bonnes choses. (www.thotweb.net)

(oR.hal / Eclipshead.net)




MP (Interview) par La Lune Mauve       
Moon Prototype est une curieuse entité. Où se mêlent machines et instruments traditionnels, où virevoltent de concert douce torpeur et puissante adrénaline. Projet hybride et inclassable, MP est né en 1998, à l'instigation de Moon, inventif bidouilleur et compositeur de talent. Les textes, subtils et brillants, sont signés oR.hal. Etre bicéphale, Moon Prototype joue sur les émotions et plonge l'auditeur dans un drôle d'univers où le gris semble se décliner à l'infini. Mélodies obsédantes d'une élégance rare. Violences contenues aux visages changeants. Tout ici est passionnant et requiert la plus grande des attentions. Musique émotionnelle par excellence, il s'agit donc là de sensations. De celles qui brouillent soudainement la réalité et font basculer de l'autre côté. De celles, brumeuses, qui emportent loin. De celles dont on aimerait qu'elles durent toujours. Moon Prototype offre du rêve. Profitez en.

Interview réalisée par Phenobarbidoll en février 2005.

Qui es-tu Moon ?

MOON : Je suis un satellite, tournant autour d'un univers musical et graphique... J'ai 25 ans, je fais de la musique depuis 1996 et de l'infographie depuis 1999... Je vis en France.

Quels sont les acteurs qui se cachent derrière Moon Prototype ?

MOON : 2 personnes, oR.hal et moi-même. Je compose musicalement et interprète les morceaux entièrement, oR.hal écrit les paroles selon mes melodies. Elle s'adapte. Je donne le son, elle donne le sens.

Comment décrirais-tu la musique de Moon Prototype ?

MOON : C'est compliqué à décrire, je ne sais pas si j'en suis sûr... Les musiques de MP reflètent mon état "mental" au moment de la composition. Si je suis mal, ce sera sombre, etc... Plus simplement, c'est un mélange de musique électronique et de chant mélodique, planant... J'aime à dire que c'est de l'electro-synthetique. Mais ça ne veux rien dire.

oR.hal : Personnellement, je considère les productions de MP comme une fusion. Ca sort des tripes de MOON, ça passe par ma plume.

Quel matériel utilisez-vous pour enregistrer ?

MOON : Comme toute personne travaillant "at home", un savant mélange de vraies machines et d'informatique... Pour les vraies machines, une Workstation EMU MP7, un synthétiseur KORG MS-2000, un micro + multi effets Alesis MidiVerb 4, une table de mixage Mackie CFX20 ainsi qu'une guitare Epiphone très classique... Pour ce qui est du matériel informatique, un PC portable basique muni de quelques logiciels de mixage. Le tout est saupoudré de bidouillage...

On dit souvent que l'ambiance de vos morceaux rappelle Tool. Vous revendiquez cette influence ? Quelles sont vos autres influences, musicales et artistiques en général ?

MOON : Tool n'est pas une influence majeure pour mon travail sur MP, même si je vénère ce groupe... En ce qui concerne mes melodies de chant, je ne peux pas renier le fait que Maynard James Keenan est un maître, comme d'autres Jeff Buckley ou Thom Yorke. A ce niveau là, ils m'influencent très certainement... Musicalement, je serai plus guidé par Tricky, Massive Attack ou Nine Inch Nails... Mais c'est difficile d'être objectif sur ses propres influences et le travail musical qui en découle. Si à l'écoute de ma musique vous pensez à un artiste en particulier il est fort possible qu'il m'ait influencé...

Vous avez sorti plusieurs EP ("M-P" en 1999, "Chemical" en 2000, "WProject" en 2001, "Relive" en 2003 et "Melanclimax" en 2004). Vous avez senti une progression dans le travail accompli jusqu'à maintenant ?

MOON : Oui clairement, sinon à quoi bon continuer! La musique est une progression, si cette progression s'arrête, la musique meurt... En 4 albums, j'ai appris plein de choses, j'ai découvert de nouvelles sonorités, trouvé une direction pour MP, elle n'est pas encore stable mais elle y aspire... La suite sera meilleure !

Quels sentiments cherches-tu à provoquer chez l'auditeur ?

MOON : Quand j'écoute les morceau d'MP, je ressens une rage sourde, de la tristesse, un sentiment proche de la vengeance... J'aimerais que nos auditeurs ressentent ca... Cela dit c'est complexe, si ils écoutent et qu'ils aiment c'est déjà gagné !

oR.hal : Au niveau des paroles, c'est la mise en place d'un labyrinthe pluri-morphe. Un moyen de se perdre en soi. J'aimerais que l'auditeur se laisse emporter et plonge dans un état second.

Vous avez mis un certain nombre de vos morceaux en téléchargement sur le net. Considérez vous internet comme un médium privilégié de communication et de promotion ? Et quel est votre avis sur la polémique actuelle entourant le téléchargement ?

MOON : Bien sûr qu'internet est un outil de communication et de promotion. C'est l'avenir des artistes indépendants. Vous vous rendez compte? Je crée un morceau, je le mets en ligne, et une personne à l'autre bout du monde peut l'écouter, et mieux encore, me dire si ca lui plaît ou pas l'instant d'après... On ne peut pas rêver mieux... Internet est la bouée de sauvetage des artistes independants. Avant nous avions les petites maisons de disque qui se battaient pour promouvoir tant bien que mal un poulain. Aujourd'hui vous êtes votre propre manager et Internet votre outil de promotion... Pour ce qui est du "probleme" entourant le téléchargement... On dit que c'est la fin de la musique... Ceux qui disent cela sont ceux qui vivent des artistes. Les maisons de disque ont tout a perdre de ce systeme de diffusion. Pourquoi aller acheter un cd si je peux l'avoir en un clic sur mon ordinateur chez moi ? La réponse est simple... Ce système ne tuera pas les "vrais" artistes... Je télécharge énormément de musique sur Internet, cela me permet de découvrir des dizaines de groupes. Je découvre énormément de choses par ce biais, ce qui n'est pas possible dans une Fnac, par manque de variete mais aussi parce que les CD sont beaucoup trop chers... Et puis lorsqu'on aime un artiste, on achète. Mais encore une fois, le prix trop élevé des CD ne permettent pas les achats "en aveugle". Je dois savoir ce que j'achète. Le téléchargement est une sorte de dégustation avant achat... C'est ainsi que je le vois...

Tu t'intéresses également à la photographie. Ce domaine fait-il partie intégrante du projet musical ou est-ce totalement séparé ?

MOON : Oui, je m'intéresse à la photographie, je suis également infographiste et webdesigner... La musique doit avoir un univers graphique... C'est très important.

oR.hal : Plus on touche de sens, mieux c'est. D'où l'importance de ne pas rester figé sur un seul média, un seul sens...

Quels sont vos projets pour l'année 2005 ?

MOON : Composer un 5eme album... Changer de vie... Vivre ?

oR.hal : Encore écrire. Et vivre. C'est bien ça. Vivre...

Quelle question aurais-tu aimé que je te pose ?
MOON : "Les castors lapons sont-il hermaphrodites ?" ;)

(Phenobarbidoll / Lalunemauve.fr)



Melanclimax par W-Fenec.org
      
Aprés un très bon EP (Relive), MP s'offre un premier album intitulé Melanclimax : Moon, véritable cerveau du "groupe", nous gratifie donc de 12 titres qui s'étalent sur plus de 50 minutes, le tout dans un emballage qui s'efforce de coller à l'atmosphère : toute en douceur et en transparence... A lire le track-listing, il apparaît clairement que nous sommes en présence de 6 "gros" morceaux et de 6 plages de transition ("#001", "#003", "#005", "#007", "#009" et "#011"), si la première de ces plages est une véritable introduction, petit échauffement électro-pianesque les cinq autres répètent inlassablement la même respiration hypnotique, il faut juste éviter d'écouter l'album dans le désordre... Quid des 6 autres titres ? Et bien, c'est toujours bien construit et trés calme, une sorte d'A Perfect Circle sous bromure. Dans l'attente éternelle de parties guitares supplémentaires, ces morceaux de MP sont restés trés dépouillés, trés éthérés, ce sont les rythmiques qui dominent l'ensemble, les nombreux apports de l'électronique densifient les compositions sans forcément les marquer de leurs empreintes alors que les rythmes, très binaires, s'installent en nous et règlent nos propres battements de coeur. Le chant se cache derrière des tonnes d'effets et les arrivées, même discrètes, d'Aurélie (Bulle) sur "Twin voices concerse in silence" puis celle d'Or.hal sur "Inabilites" et "13.28" permette une variation que Moon a du mal à trouver seul. "13.28", quel drôle de titre, c'est tout simplement la durée de celui-ci, long mais pas ennuyeux, ce "13.28" est à la limite du shamanique, un rythme simple donne le tempo sur lequel vont se promener les samples, les voix et les notes de guitare, le morceau coule comme un long fleuve tranquille et méandré.Melanclimax ne s'addresse pas à tous les publics mais ceux qui auront envie de se laisser porter dans le monde bâti par MP sauront le dénicher...A noter qu'un code "secret" (une date de naissance ?) permet d'accéder à une partie "cachée" du site officiel (avec photos, fonds d'écran, skins winamp...).

(Oli / WFenec.org)



Melanclimax par Metalorgie.com
      
MP ne se décrit pas, il se raconte. Melanclimax, en tant qu'une de ces formes n'échappe pas aux règles qui régissent l'univers de Moon : un monde où même les yeux fermés on demeure bien plus clairvoyant que la plupart. On se retrouve élève, les pupilles écarquillées et l'esprit émerveillé devant les vibrations oniriques prêtes à nous saisir. Peu importe les vecteurs, peu importe les moyens ... boîtes à rythmes, samples, boucles, claviers, les tentacules de MP sont multiples mais servent un seul et unique objectif : définir de nouveaux repères libérés de la pesanteur des codes et des castes.
Aveuglé par le poids du monde, les mélodies deviennent des refuges. Point d'acidité ni d'agressivité en ces lieux, les parties électriques ou hurlées des précédent efforts ont laissé place à des compositions épurées de tout superflu mais infernalement séduisante. La vision offerte par MP n'est pas pour autant doucereuse et réjouissante : Cars Want To Eat Men n'est qu'une facette de ce regard innocent et pourtant sévère porté sur le monde incompréhensible et parfois inhospitalier. Les textes ont cette dimension quelque peu floue mais intimement proche qu'on pourrait qualifier de « poétique ». Au-delà de l'émotion transmise par les sons on distingue des images qui viennent frappées à nos paupières endolories par ce qui nous tiens lieux de quotidien. La musique de MP s'est également enrichie d'un côté bien plus métissé que par le passé. Les vapeurs orientales de In And Warm se fondent à la brume de l'album avec une légèreté déconcertante à l'instar des bourrasques déstructurées de 13:28. Tout les morceaux ne convergent pas vers les mêmes sensations mais l'ensemble garde mystérieusement une troublante cohérence. Ce ne sont pas les multiples interludes, narrant la naissance et la découverte du monde par un individu indéterminé et inconnu mais étonnamment proche de nous, qui nuiront à l'unité de Melanclimax.
Là ou l'évolution est encore bien plus nette c'est sur le plan vocal. La voix de Moon est l'acteur principal de ce songe sonore et les progrès depuis Relive sont saisissants : le chant est beaucoup plus mis en avant mais surtout bien plus maîtrisé. Là ou les samples portaient auparavant les mélodies c'est ici les cordes humaines qui nous entraînent au-delà de ce que la froideur de l'outil électronique est capable d'engendrer. La chaleur dégagée n'entre pourtant pas en conflit avec les machines mais s'en sers comme d'un cataliseur pour se répandre dans nos attributs auditifs et toucher notre sensibilité. Et quand le chant se fait double, Aurélie de Bulle venant prêter son organe sur le lancinant Twin Voices Converse In Silence, alors les derniers remparts s'effondrent et charmé on ne peut qu'être étreint par cette entité soumise à une savante alchimie d'organique et de mécanique. Ne reste qu'un ultime Inabilities pour briser les vestiges de toute résistance et bousculer une fois de plus nos neurones gangrenés par les pollutions auditives diverses.
Melanclimax est une pierre lancé contre le mur terne de l'habitude et du quotidien mais comme tout rêve, elle le brise avec une facilité effrayante. Le règne despotique du réel semble toucher à sa fin avec des efforts aussi efficace que ceux de MP ...

(Schisophrenia / Metalorgie.com)




Melanclimax par Frequence3.com
      
Melanclimax est le cinquième album du groupe. Cet album, aux sons si bons de MP est là pour tous et ne peut laisser indifférent. Chaque musique nous séduit par son originalité. Une fois de plus, je vous donne les mots de oR.hal pour le décrire. Elle le fait tellement bien que je ne peux que lui voler ses écrits... Melanclimax est un produit qui s'écoute comme on lit un conte. On suit les méandres d'un labyrinthe lunaire. Des aphres de la mélancolie à l'extase de la fusion. En arrière plan, des interludes synthétiques narrent l'évolution du créateur MOON durant la création du duel Melanclimax. Sa voix nous invite à découvrir des mondes surréalistes, griffonnés par oR.hal. Des machines douées de vie, de ressentis, occultent l'Humain. Les sens exhortés par la chair. Des prières à l'astre de lumière. La gémellité. L'incapacité d'exister comme on le voudrait... Un pied dans la réalité, un autre dans l'irréel, cet album vous pousse ailleurs, un peu plus loin, dans l'onirique de la créature MP. MOON dirige sa voix, la programmation, les samples, les guitares, le synthétiseur et la boîte à rythme. oR.hal l'assiste de ses mots - écrits et oraux sur Inabilites et 13.28. Aurélie apporte sa collaboration sur Twin Voices Converse In Silence. Melanclimax est enregistré "à la maison", produit et écrit par MP, dans son intégralité.

(Mylene_Optimistike / Frequence3.com)




RELIVE par W-Fenec.org
      
MP ne peut laisser indifférent, soit on est accroché et il devient impossible de s'en défaire, soit on rejette en bloc cette sorte de trip hop inquiétante (Tricky et NIN sont appréciés par Moon, pas étonnant...). Relive, c'est un peu comme si Maynard James Keenan (Tool, A Perfect Circle) venait embrumer Massive Attack, deux influences certainement affichées par MP (je n'ai pas posé la question mais si la réponse est non, je veux bien réécrire cette partie de l'article !), beaucoup de machines, de loops, d'ambiances et une voix posée, sereine, à la fois lointaine et intérieure, trafiquée et dénudée, elle suit les rythmes, les guitares. Elle s'accomode fort bien de l'esprit du "Climbing up the walls" de Radiohead, repris avec brio, destructuré mais reconnaissable, le titre est une petite merveille, tout comme l'autre reprise présente parmi les 6 titres, le "House in the tree" de Bulle où Aurélie prend discrètement la parole. La force de MP est de mixer ces deux covers dans les compositions sans heurter l'auditeur inaverti, le même souffle mécanique règne sur l'ensemble de Relive.
Vraiment trippant ce EP est bien plus qu'un rêve ("Little M"), ne sert pas juste des musique d'ambiances mais aère l'esprit de celui qui s'y plonge et s'y prélasse avec délice.

(Oli / WFenec.org)